Je suis en retard, dans quinze minutes, je dois récupérer mon fils au terrain et j’en ai pour une demi-heure de route à la vitesse à laquelle je route. Les Chemical Brothers résonnent dans l’habitacle. Ca m’aide à rester concentré car je suis toujours un peu étourdi par ce qui vient de se passer. Je l’ai fait. Je l’ai fait ! Dommage que je n’aie pas pu tenir un peu plus. Mais ça fait tellement longtemps. Je ne savais plus ce que c’était de faire l’amour avec autant de passion, avec autant d’envie. Bien sûr, il y avait l’habitude avec ma femme. Quinze ans, ce n’est pas rien, mais j’ai toujours eu envie de faire l’amour même si ma femme en a moins souvent envie que moi. Par contre, Fabienne, c’est autre chose. Elle aime autant que moi. C’est tellement évident. Cette manière qu’elle a de gémir, son bassin qui ondule quand je la caresse, je suis sûr qu’elle ne se rend même pas compte que tout son corps bouge instinctivement au rythme de son plaisir. C’était tellement excitant de la voir réagir aussi naturellement à mes caresses. J’ai envie de recommencer. J’aurais voulu pouvoir recommencer tout de suite, si seulement j’avais eu le temps … . Et puis, j’aimerais aussi lui montrer que je suis capable de tenir, que j’ai été troublé par notre première fois, moi aussi. Mais je ne peux pas lui dire qu’avec ma femme c’est moins bien, enfin pas moins bien, car je crois qu’en réalité, elle n’a jamais réellement aimé faire l’amour. Il y a tant de choses qu’elle a toujours refusé de faire, et si je sais maintenant ce qui lui procure du plaisir, parfois, je crois qu’elle n’en n’a pas autant qu’elle le dit et que pour elle, c’est un moment agréable tout au plus mais probablement pas autant que je n’aurais pu l’espérer. Fabienne est totalement différente, même si j’ai rapidement compris qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait plus fait l’amour, ses caresses étaient précises, elle savait ce qu’elle faisait et, qui plus, est, elle prenait aussi du plaisir à le faire. J’ai quand même senti une légère réticence au début, son corps ne s’abandonnait pas tout à fait, à moins que ce ne soit son esprit, mais heureusement, elle a fini par se laisser porter par le plaisir. Et bien qu’elle ne soit pas allée jusqu’à l’orgasme, elle savait qu’elle n’y arriverait pas mais cela ne l’a pas empêchée de profiter du moment, de profiter du plaisir qu’elle ressentait. Je me rends compte aussi que j’avais raison. Elle n’aurait pas osé faire le premier pas, mais elle en avait autant envie que moi, je l’ai senti à l’instant où j’ai déposé mes lèvres au coin des siennes. Sa respiration s’est arrêtée un instant et j’ai senti ce tremblement à l’intérieur d’elle comme un tremblement de terre. J’ai cru qu’elle allait tourner légèrement la tête, poser ses lèvres sur les miennes, mais elle devait être trop troublée par ce qu’elle ressentait. Moi aussi d’ailleurs. Quand j’y repense, on aurait dit deux adolescents qui n’osent pas parce qu’ils ne savent pas comment faire. Mais nous ne sommes pas deux adolescents inexpérimentés. D’ailleurs, je pense que si elle se laissait aller totalement et si elle avait encore un peu plus de confiance en elle, ce serait même encore mieux. Je pense qu’elle est extrêmement sensuelle mais elle m’a dit qu’elle avait eu des petits soucis avec son ex. Je ne comprendrai jamais les hommes comme Jérôme, ils ont une bombe dans leur lit et ils ne savent même pas comment faire pour la désamorcer ! Enfin, tant pis pour lui, moi je vais bien en profiter !
A peine ai-je pensé ces mots que je me reprends « Enfin, Tino, mais à quoi tu joues ?! Tu avais dit que tu allais lui faire l’amour pour te la sortir de la tête et là, tu parles de recommencer ! » Je sais que ce n’était pas prévu, mais je n’avais pas prévu non plus ce plantage monumental en bout de course. Alors que tout le reste était si bien. Je dois au moins recommencer pour lui montrer de quoi je suis capable, et puis, bon, ok, j’ai envie de recommencer. Après tout, elle a bien compris que ça ne pouvait pas durer entre nous mais je ne peux pas rester sur un demi échec et surtout, j’ai envie qu’elle aille au bout de son plaisir, j’ai envie de la voir à ce moment là, voir comment elle réagit. A cette pensée, je sens mon propre désir me reprendre. Ça aussi, ça ne m’était plus arrivé depuis longtemps. Je pensais d’ailleurs que l’époque où je faisais l’amour deux ou trois fois par jour était probablement terminée. Mais je me rends compte que non et cette pensée me fait sourire intérieurement. « Tu vois, tu n’es pas si vieux, tu n’es pas vieux du tout, la preuve ! Tu as peut-être trente-six ans, mais tu n’es pas vieux puisque non seulement tu peux plaire à une femme sept ans plus jeune que toi mais en plus, si elle était là, tu pourrais lui refaire l’amour une seconde fois. » Je regarde l’heure, il est presque dix-neuf heures et je suis presque arrivé à la sortie de l’autoroute. Encore une petite dizaine de minutes et je serai au terrain. Le petit ne devra pas attendre trop longtemps et, avec un peu de chance, s’il n’est pas prêt ou qu’il parle avec ses copains, il sera même content que je sois un peu en retard. La pensée de mon fils me fait prendre conscience que j’ai intérêt à me calmer avant d’arriver au terrain. Ce serait un peu embarrassant. Je regarde mon visage dans le rétroviseur. Je n’ai pas l’air différent, et pourtant, je me sens différent. C’est comme si j’avais rajeuni d’un seul coup de presque dix ans. Je retrouve le sentiment de liberté que j’éprouve quand je sors avec mes amis, cette liberté que je déjà, adolescents, nous cherchions avidement. Je ne pensais pas que faire l’amour avec Fabienne me ferait le même effet, que je me sentirais si libre. Je devrais me sentir coupable, mais je suis trop bien, trop heureux pour ressentir la moindre trace de culpabilité. Cela me surprend mais je me dis que cela viendra bien assez tôt, je suis probablement encore trop euphorique, trop shooté aux endorphines, me dis-je en riant. Ce rire, qui pourrait paraître incongru, me fait tellement de bien, et je continue à rire, heureux comme je n’imaginais pas pouvoir l’être. Enfin, j’arrive au terrain, mais mon fils n’est pas encore sorti. J’hésite à sortir de la voiture pour l’attendre. Après tout, la voiture est suffisamment reconnaissable. Un vieux break vert foncé, même ici dans ce petit village, ça ne passe pas inaperçu. Et puis, finalement, je me dis qu’un peu d’air frais ne me ferait pas de tort.